Il y a des expériences qui vous chamboulent, vous renversent, vous forcent à vous écrouler tout entier pour mieux vous relever.

Celle d’il y a quasiment un an a malheureusement été tragique mais elle fut peut-être nécessaire pour que je réalise vraiment à quel point j’aime la vie et à quel point je suis reconnaissante d’être toujours parmi les vivants à cette heure-ci.

Le voyage est une forme de thérapie, à mon sens. On part à la découverte de nouveaux horizons, de nouvelles terres, cultures et communautés… mais on part également à notre propre découverte. Voyager, c’est s’offrir la possibilité de se réinventer. De créer un ” soi ” vraiment à notre image.

En laissant derrière soi toutes sortes de barrières, en se débarrassant des clichés et des schémas réducteurs du quotidien dans lesquels on se complaît…. en abandonnant nos étiquettes et nos rôles, on se permet d’être qui l’on veut (ou qui l’on est réellement).

Qu’importe qui vous avez été, en voyage plus que jamais, ce qui compte c’est le moment présent. Les expériences et relations qui en font partie ne tiennent souvent pas tant compte de votre passé, mais bel et bien de ce que vous faites à l’instant T, avec qui et où.

En ce qui me concerne, j’ai la chance de vivre actuellement une des plus belles aventures humaines qu’il m’ait été donné de vivre en 22 ans. Ce que j’imaginais être un voyage à multiples destinations, rempli d’aventures “physiques” et d’un déferlement de paysages, de langues et de pays….s’avère être une réalité mais sous une forme totalement différente !

Je souhaitais initialement partir en Espagne, puis au Portugal, faire un détour en France voir mes amis avant de repartir pour l’Italie, la Croatie et la Grèce. J’aurais pu faire un voyage de ce genre. Néanmoins, mon cœur en a décidé autrement. Après une petite semaine en Espagne, où j’ai rapidement visité Madrid et rendu visite à ma très bonne amie Claudine à Valladolid, j’ai pris un bus de nuit pour Lisbonne le 25 avril et je m’y suis établie depuis le lendemain de cet inconfortable voyage en car.

Le Portugal était pour moi un vrai mystère, malgré son appartenance à la péninsule ibérique et son aspect assez proche en terme de culture de mon pays natal. Pourtant, en arrivant ici, je me suis très vite rendue compte que je ne connaissais quasiment rien de cet aimable voisin. Le peu d’informations que j’avais en mémoire provenaient en majorité de mes amies Océane et Tatiana qui toutes deux ont de la famille d’origine Portugaise. Concernant la cuisine traditionnelle, j’ai eu l’opportunité d’y goûter à deux reprises en fêtant Noël avec Tatiana et sa famille, lorsque je vivais seule à Nice (si tu me lis – merci encore !). Du coup, le fait d’arriver à Lisbonne en tant que végétalienne ne m’a pas une seule fois posé problème (dans le sens où je n’ai pas eu l’impression de louper quoi que ce soit, sauf peut-être les fameux Pasteis de Belem).

Mais je ne suis pas là pour parler de nourriture (pour une fois). Ce dont je veux vous faire part aujourd’hui, c’est de mon expérience de vie en communauté depuis maintenant plus de 2 mois. En seulement quelques semaines, j’ai trouvé une tierce famille (je ne compte même plus le nombre de familles auxquels j’ai eu la chance de faire partie intégrante). Cette fois-ci, la famille est très grande, et en perpétuel mouvement. Elle est aussi multiculturelle et multilingue. Mais par dessus tout…. elle est complètement déjantée !

Depuis le 26 avril, je suis donc volontaire pour le groupement d’auberges de jeunesse Destination Hostels, qui compte 3 auberges sur Lisbonne ainsi qu’une 4e située plus au sud du Portugal, près de la plage d’Arrifana. Cela signifie que je vis au sein d’une auberge depuis tout ce temps…. autrement dit, adieu intimité et bonjour au partage permanent ! Outre le fait d’avoir des barrières floues entre l’espace de vie et de travail, ce qui cause parfois des situations intéressantes, cela veut aussi dire que je suis sans cesse “vulnérable” … comprendre par là : en train de me présenter, d’expliquer qui je suis, quel est mon parcours et quel est mon projet pour le futur, etc…

Chaque jour amène son lot de surprises. En dehors de mon planning, qui reste sensiblement le même d’une semaine sur l’autre, chaque jour est différent. Je n’ai pas de plan précis, pas d’heures de repas fixes, pas de budget journalier, rien de particulièrement cadré. Je peux suivre mon cœur et mes envies, ainsi que celles des autres. Ce sentiment d’ouverture, de liberté, d’accueil envers l’imprévu est grisant. Bien que je sois une personne qui aime avoir une routine, il faut avouer que bien souvent, celle-ci est terriblement ennuyeuse. Ici, je perds le sens du temps, j’oublie les dates et les jours. Celui ci se joue de moi, me faisant prendre conscience qu’il est intouchable et qu’il glisse entre nos mains tel le sable fin des sabliers. Les rencontres s’enchaînent, chaque jour, chaque semaine. Certaines n’ont qu’une incidence mineure, mais d’autres se sont révélées être de nouvelles amitiés, ainsi que des échanges intenses.

En premier lieu bien entendu, mes collègues volontaires puis mes collègues salariés. Bien que l’on soit, au minima, une trentaine, cette joyeuse troupe ressemble réellement à une famille. Au sein même de celle ci, on trouve toutes sortes de personnages, du plus timide au plus extravagant. Principalement des jeunes, dépassant rarement les 35 ans et commençant dès 18 ans. Beaucoup d’entre eux sont là temporairement, aussi bien pour les volontaires (évidemment) que les salariés. Le turn-over est important, mais tous apprécient leur expérience à l’auberge. Certains salariés actuels sont d’anciens volontaires. L’un d’entre eux a même été client avant d’être volontaire puis salarié !

Au cours de ces 10 semaines, j’ai pu tisser de merveilleux liens avec certains de mes collègues. Pourtant, bien souvent, tout nous sépare : notre âge, notre langue, nos passions, nos projets ou notre vision de la vie. Malgré cela, seuls règnent l’amour, la joie du partage et la fraternité. Indépendamment de nos différents, nous formons une seule et même tribu. Au centre de nos préoccupations, le soucis du client (que l’on appelle guest d’ailleurs, le terme client est mal vu). La satisfaction de nos petits protégés fait partie du cœur du métier, ou plutôt des métiers qui existent au sein d’une auberge de jeunesse. Réceptionniste, cuisinier, femme de ménage, barmaid, manager, guide touristique, responsable marketing, responsable des relations publiques… ainsi que nous, petits volontaires… tous ont à cœur de rendre l’expérience la plus agréable possible pour ces voyageurs d’ici et d’ailleurs. L’ambiance de travail est également le soucis de tous, et la bonne humeur règne majoritairement malgré la fatigue due au rythme de travail poussé, aux horaires à rallonge et au va-et-vient constant.

Heureusement, le cadre de vie aide grandement à supporter les conditions de travail. En effet, il est très facile de tomber amoureux de Lisbonne. C’est une ville pleine de charme, visuellement très attractive, avec un mix réussi entre conservation des vestiges du passé et modernité ; entre vie tranquille diurne et vie nocturne très active. On dit que la vie ici n’est pas chère. On reste tout de même en Union Européenne mais il est clair que le coût de la vie ici, comparé à d’autres capitales européennes, est bien plus bas. Il est très agréable de vivre ici en tant que touriste. Les Lisboètes aiment leur ville sans aucun doute, mais comme tous locaux, ils ont une vision différente de celle-ci et de la vie en général, qui va de paire avec une meilleure compréhension des enjeux politiques et sociétaux que la mienne.

Grâce à mes échanges néanmoins, j’arrive à mieux percevoir ce que cela signifie que de vivre au Portugal en tant que Portugais. Comme souvent, la vie sous le soleil se paye au prix cher. Dans le cas du Portugal, j’étais sincèrement surprise de découvrir que ce pays est relativement pauvre. Pour un pays si proche de la France, je ne pensais pas que les conditions de travail, le salaire moyen et les avantages sociaux différeraient autant. Pardonnez mon ignorance… C’est très intéressant que de pouvoir le découvrir par moi-même, au quotidien, en travaillant avec et en côtoyant des locaux. Ce que l’on a tendance à considérer normal et acquis en France est bien souvent loin de ce que la majorité des travailleurs ici touchent.

Ce genre de réalisation poussent à une remise en question profonde, d’où ce que je racontais au début de ce post… je me suis vite rendue compte qu’en tant que Français, on a l’habitude d’être très assistés, aidés de toute part, et qu’on a un peu perdu le sens du dur labeur. Attention, cela n’est pas un reproche, simplement un constat. On a aussi la fâcheuse manie de nous plaindre sans arrêt. Et cela, c’est bien connu à l’étranger. Les touristes français ne font pas partie des favoris… bien qu’ils soient généralement synonymes de bon pouvoir d’achat (ce qui est positif évidemment dans le milieu du tourisme et de l’hôtellerie), les Français en voyage sont désagréables au possible et sont peu appréciés. On leur reproche notamment leur manque d’effort quant à l’adaptation linguistique (et non, ce n’est pas un cliché… malheureusement). Malgré ceci, les Portugais sont très gentils avec les Français et beaucoup d’entre eux (plus valable pour les 50-70 ans que les 18-45) parlent d’ailleurs français avec aisance. Ne soyez donc pas effrayés, chers gaulois, vous serez toujours bien accueillis ici.

Je suis incroyablement reconnaissante et ravie de vivre cette aventure aux côtés de cette famille un peu particulière. J’ai passé 10 semaines intenses, et il m’en reste encore 9. Après cela, reste à savoir si je reviendrais m’installer ou non dans cette pittoresque capitale. Dans tous les cas, je chérirai pendant longtemps les souvenirs qui s’accumulent un peu plus chaque jour.

Boa noite para todos,

Camille

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